Transatlantica

2006:1 Beyond the New Deal

Varia

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Anita Béquié

Diane Arbus Revelations

Texte intégral

« A Photograph is a secret about a secret.
The more it tells you the less you know. »
Diane Arbus

Le Victoria and Albert Museum (V&A) de Londres a accueilli, du 13 octobre 2005 au 15 janvier 2006, l?exposition Diane Arbus Revelations, originellement conçue par le San Francisco Museum of Modern Art en octobre 2003. Après le suicide de l?artiste en 1971, le MoMA de New York, en 1972, avait présenté une rétrospective de l??uvre de la photographe newyorkaise. Malgré le vif succès rencontré auprès du public, cette exposition n?avait pas quitté le continent nord?américain. Diane Arbus Revelations est donc la première occasion de voir rassemblée l??uvre de l?artiste en Europe. Elle ne sera malheureusement pas visible en France, mais après être passée par Essen et Londres, elle sera présentée, du 15 février au 14 mai, à la fondation La Caixa de Barcelone. Le tour sera clos à Minneapolis en octobre 2006.

Le site internet du V&A a proposé trois sessions de chat autour de l?exposition, et d?après Martin Barnes, un des conservateurs du V&A ayant participé à la mise en place de l?exposition ainsi qu?à ces sessions, Diane Arbus Revelations a connu un grand succès, notamment auprès d?un public assez jeune, jusqu?alors peu au fait du travail de l?artiste, quand il ne la découvrait pas pour la toute première fois. Martin Barnes remarque aussi que les visiteurs ont été émus par le côté frontal des photographies, et surpris par la quantité d?archives présentées1.

Diane Arbus Revelations offrait l?intérêt de montrer, pour la première fois, plus de deux cents photographies, mêlant les plus célèbres à d?autres, moins connues, voire jamais exposées auparavant. Cette quasi exhaustivité permettait au visiteur de se plonger dans l?univers de l?artiste ? univers de monstres (nains, travestis, géants?), de gens vivant en marge de la société, comme de gens « ordinaires » ? , de rencontrer de salle en salle des visages devenus familiers aux côtés d?images inédites.

Diane Arbus, qui travailla, principalement à New York, des années 1940 à 1960, était une photographe qu?on ne peut classer dans aucune école particulière. Au sein de l?exposition, trois libraries mettaient cette singularité en relief : la première présentait les débuts photographiques de Diane Arbus, ses premiers travaux publiés dans les magazines Esquire et Harper?s Bazaar, la deuxième mettait en vitrine les appareils photo de l?artiste et expliquait en quoi son changement d?appareil en 1962 l?avait poussée ? ou accompagnée ? vers une photographie encore plus intimiste, prenant ainsi ses distances avec la photographie de rue et les « images à la sauvette » à la Cartier?Bresson. Cette deuxième library faisait aussi référence à son projet American Rites, Manners and Customs, qui lui avait valut l?attribution du John Simon Guggenheim Fellowship en 1963 et 1966. Enfin, la troisième library retraçait la vie de la photographe, illustrée par de nombreuses photographies, citations, planches contact et extraits de sa correspondance. Elle reproduisait aussi la chambre noire de l?artiste : agrandisseur, photographies et coupures de magazines épinglées au mur. Non seulement ces trois salles offraient une lecture plus précise de l??uvre et mettaient en lumière certaines pratiques et influences de la photographe, mais elles invitaient également les plus curieux à prolonger leurs questionnements.

Pour prolonger une telle exploration, le catalogue Diane Arbus Revelations, qui comprend plus de trois cent cinquante pages, était à disposition au sein de l?exposition. L?ensemble des photographies présentées au V&A y sont magnifiquement reproduites, et commentées par un lumineux essai de Sandra S. Phillips, conservatrice du SFMoMA, un texte de Neil Selkirk sur les techniques de tirage d?Arbus, une chronologie de plus de cent pages illustrée par de nombreuses photographies personnelles, des extraits de lettres ou d?écrits et des planches contact. Cette monographie, éditée sous la direction de Doon Arbus, fille ainée de la photographe, est évidemment disponible à la vente. Doon Arbus est aujourd?hui responsable du Diane Arbus Estate et elle a grandement participé à la création de l?exposition.

L?alternance des libraries, lieux sombres, où l?on pouvait lire des extraits des notebooks et autres ouvrages, avec de grands espaces uniquement visuels permettait aussi de varier le rythme et de maintenir l?intérêt des visiteurs.

Le plaisir procuré par cette exposition fut double : rassemblement, pour la première fois en Europe, de la quasi totalité des photographies, et bonheur de redécouvrir les grands classiques, dans leurs tirages originaux, accrochés sur le mur blanc, sous nos yeux. Peut?être pouvons?nous interpréter le titre de l?exposition sous cet angle : révélation de voir enfin ces ?uvres dont on ne connaissait que les reproductions, et révélation d?en rencontrer de nouvelles, insoupçonnées. En effet, aucune des plus célèbres ne manquait : les Identical Twins de Roselle eurent un pan de mur à elles seules, le Child With a Toy Hand Grenade in Central Park, le Mexican Dwarf in his Hotel Room ou encore le Jewish Giant at Home With his Parents in the Bronx étaient là. Etrangement, c?étaient ces photographies de gens marginaux qui nous étaient familières ; celles, moins connues, de personnes tristement normales, détonnaient.

Ainsi, plus de trente ans après sa disparition, l??uvre de Diane Arbus continue de nous toucher, de voyager, et de poser l?éternelle question de l?humanité et de la normalité. Sur le grain du papier photographique, les m?urs américaines et le genre humain se déclinent, bruts, authentiques, curieusement banals et pourtant surprenants, comme le négatif de l?image de l?Amérique : les freaks apparaissent humains, les autres, grotesques. Pour reprendre les mots de l?artiste, « what is ceremonious and curious and commonplace will be legendary ». And it is.

Notes de bas de page

1 Une retranscription des trois chat est disponible à l?adresse :
http://www.vam.ac.uk/vastatic/microsites/1355_diane_arbus/chatIntro.php

Pour citer cet article

Anita Béquié, « Diane Arbus Revelations », Transatlantica, 2006:1, Beyond the New Deal, [En ligne]. Mis en ligne le 25 mars 2006, référence du 11 juin 2008. URL : http://transatlantica.revues.org/document594.html.
 

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